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anthropologie du droit
ethnographie malgache

présentation
3 Éléments d'Ethnographie Réunionnaise
Mots clés : Créolité Ancestralité Citoyenneté Départementalisation Patrimoine
Champs : Anthropologie du développement Anthropologie de l'image Patrimoine
Sociétés créoles Histoire postcoloiale Sociologie des institutions


1- Vingt ans après

2- Barreaux (en construction)
architecture créole

3- "Types de la Réunion" (en construction)
(don à la Société de Géographie du 6 novembre 1885)

4- Ancestralité, communauté, citoyenneté :
les sociétés créoles dans la mondialisation (dossier pédagogique)

5- Madagascar-Réunion :
l'ancestralité (dossier pédagogique)

6- Ethnographie d'une institution postcoloniale :
Contribution à l'histoire de l'université de la Réunion (1991-2003)


introduction : éléments d'analyse
présentation thématique
liste chronologique

"On peut faire une excellente thèse en ignorant
que Stendhal est l'auteur de la Charteuse de Parme"...

le 8 décembre 1995

B. C.
responsable de l’Equipe d’accueil
d’Anthropologie membre du Laboratoire 1178
“Droit, Cultures, Langages”
du C.N.R.S.
à

M. [N10]
responsable du D.E.A.
“Lettres et Sciences sociales”
de la Faculté des Lettres

Objet : Position de l’option Anthropologie du D.E.A. “Lettres et Sciences sociales” suite à notre réunion de ce jour des responsables d’options.

Cher Collègue,

Je pense que tu nous accorderas que, pendant quatre années, et bien que lourdement pénalisés puisque, depuis que notre D.E.A. vogue sous ta bannière, aucune allocation de recherche ne nous a été accordée alors que, pratiquement chaque année, au moins un de nos étudiants en bénéficiait, nous avons joué le jeu loyalement.

Ainsi que je l’ai rappelé dans ma lettre du 1er décembre, l’utilité incontestable du D.E.A..”Lettres et Sciences sociales” a été de permettre à des enseignants ayant fait des études en métropole, dont un certain nombre d’agrégés, de préparer un diplôme que l’université ne délivrait pas. Le niveau était excellent et c’était alors un bonheur d’enseigner.

Je me suis en revanche demandé à qui je m’adressais cette année et le questionnaire que j’ai fait passer n’avait pour but que de situer le niveau où devaient porter mes interventions. J’avais d’ailleurs l’intention de garder pour moi ce “sondage” - qui n’a évidemment qu’une valeur indicative. L’enchaînement des circonstances (ultérieures) en a décidé autrement puisqu’il apparaît que c’est la légitimité du D.E.A. “Lettres et Sciences sociales” qui est en cause.

Ma conviction est qu’on ne peut délivrer un D.E.A. de Lettres ou de Sciences sociales à un étudiant dont la culture générale est nulle. J’ai quand même été étonné de me trouver presque seul sur cette proposition qui me paraissait évidente. Or, loin de faire l’unanimité, cette proposition s’est trouvée contrée en ces termes par notre collègue [N4] : “On peut faire une excellente thèse d’Anglais en ignorant que Stendhal a écrit la Chartreuse de Parme !” On peut aussi, j’imagine, faire une excellente thèse d’Anglais en prenant le Pirée pour un homme... J’ai, quant à moi, une plus haute idée des études anglaises et des études de civilisation et je pense qu’une telle phrase, qui ravira nos collègues anglicistes, mérite d’entrer au panthéon de ces bourdes criantes de vérité, juste à côté de: “Monsieur, je n’ai pas lu votre thèse, mais je sais qu’elle excellente !” qui avait valu à son auteur, président de jury, une interdiction du ministère.

On aurait pu quand même imaginer - et là j’avoue ma naïveté - que, devant le changement de nature de notre public, changement définitif puisque nous ne retrouverons jamais plus celui des deux premières années, un point serait fait. Je ne parle pas d’examen de conscience. Car derrière tout cela il y a évidemment une raison que tout le monde connaît. Non seulement nous n’opérons aucune sélection à l’entrée du D.E.A., mais nous recrutons dans la crainte de n’avoir aucun candidat. On ne peut imposer un contrôle à des étudiants qu’on est allé tirer par la manche pour faire du chiffre et pour entretenir aux yeux du ministère la fiction d’un besoin qui est peut-être, en effet, désormais sans objet. Les étudiants sont alors fondés à te répondre, quand tu leur rappelles la règle de l’assiduité : “Il faut savoir ce que vous voulez !” Le D.E.A. est un diplôme national et les légitimes considérations de promotion (tu m’as dit avec une simplicité qui t’honore que tu fondais tes espoirs de passage à la 1ère classe sur la direction de ce D.E.A.) ne peuvent justifier un avilissement du diplôme. Continuer à tout prix, c’est fatalement courir le risque d’une disparition à plus ou moins long terme et interdire aux meilleurs des étudiants l’accès à la recherche dans le département.

Dans la mesure où la crédibilité du D.E.A. d’anthropologie est engagée dans cette aventure, tu comprendras que nous souhaitions retrouver notre autonomie. C’est ce à quoi nous allons nous employer. Encore une fois, il ne s’agit nullement d’affirmer une quelconque “supériorité” d’une discipline sur l’autre. A l’inverse, et d’évidence, le niveau des étudiants de Lettres, d’Histoire et d’Anglais était supérieur, les deux premières années, à celui des étudiants d’Anthropologie. L’objet de mes interventions en “Tronc commun” est d’ailleurs d’illustrer la fécondité heuristique de la pluridisciplinarité. Ce qui justifie le D.E.A. d’Anthropologie, c’est tout simplement la richesse culturelle de la région, qui explique que des étudiants viennent de métropole pour y faire leur terrain.

Dans l’immédiat,
-Je te demande instamment que l’étudiant [X], qui fait actuellement ses classes (et qui est donc cloîtré pour trois semaines) qui a assisté à toutes les séances de tronc commun jusqu’à son incorporation, qui est réunionnais et candidat potentiel à une allocation de recherche ne soit pas pénalisé par un système qui consiste à s’assurer de la présence physique des étudiants mais surtout pas de savoir ce qu’ils ont dans la tête. Tu peux lui faire passer une épreuve sur tes cours, tu verras que la “nouvelle géographie” n’a pas de secret pour lui, puisqu’il vient de faire un mémoire de maîtrise au Canada, sur la Gaspésie, inspiré notamment par certains de tes collègues québécois.
-Les étudiants d’anthropologie se conformeront aux dispositions annoncées, savoir une épreuve orale dont le sujet sera défini avec l’enseignant de la discipline qu’ils auront choisie.
Pour l’année prochaine, nous fixerons notre attitude en fonction des instructions qui nous serons données par le Ministère dans le présent cas de figure.

Je te prie de croire, Cher Collègue, à l’expression de mes sentiments cordiaux et dévoués.


B. C.

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